lundi 1 novembre 2010

En mains propres (Frugal Soap)

Je n'ai pas l'intention de descendre en flammes chaque "concept" qui se risquerait sur le Net. Aussi, après avoir décrété une arnaque manifeste dans le tout premier post du blog, j'ai survolé rapidement Yanko Design afin d'y trouver un joli concept au dessus de tout soupçon. Histoire de décoller l'aiguille de l'Esbrouffomètre vers le côté "géant" du cadran, au moins une fois.
Et donc, j'ai choisi le craquant projet Frugal Soap. L'idée est de mouler les savons neufs avec une dépression sur le dessus, de sorte qu'on peut naturellement et sans accessoires y coller les restes de l'ancien. Belle façon de réduire le gaspillage.

Innovation. Comment dire... Ça a fusé dès le premier commentaire sur Yanko Design. Apparemment, une cuvette identique apparaît déjà durant la fabrication du savon anglais Pears. Cuvette qui est évidemment utilisée aux mêmes fins d'économie. Depuis le XIXème siècle.

Caramba ! Encore raté !

Faisabilité. Pas de souci, facilement faisable. Depuis le XIXème siècle.

Utilisabilité. Approuvée par des centaines d'utilisateurs. Depuis le XIXème siècle.

Esbrouffomètre : arnaque (peut-être involontaire)

Et ta sœur ? (Butter ! Better !)


Ce projet d'emballage a tout juste surgi sur Internet, se répandant sur un nombre impressionnant de sites dédiés aux gadgets geek, et qui, tous, martèlent ce slogan immuable : "révolutionnera le beurre en portions individuelles". Oui, oui... Bizarrement, la phrase-choc ne figure même pas sur le site originaire de la nouvelle, Yanko Design.

Innovation. Pas facile de discerner en quoi cet emballage apporte une quelconque amélioration. Pour autant que je sache, la quête d'un récipient jetable qui fournirait le couvert nécessaire à sa propre consommation est déjà un vieux défi, surtout dans le domaine du produit laitier. Un simple coup d'œil sur Google ramène à la surface les Spoonpot's italiennes de DIPILEG, ou même cette suite de brevets US, des années... 70. La vraie innovation réside peut-être dans l'approche simplissime du design : le cuilteau, la couillère, en tout cas la chose comme vous voudrez l'appeler, qui forme le couvercle est d'un seul tenant, utilisable sans requérir ni pliage ni torsion à la différence des brevets cités plus haut. Mais comme les concepts précédents, elle a un inconvénient majeur : pour ma part, j'aime autant ne pas trouver des traces de doigts gras (voire pire) d'inconnus sur mes couverts. D'où l'amélioration de l'amélioration, proposée par YD, le sur-couvercle de propreté, ce qui fait que notre cuilteau spatule n'est plus, désormais, le seul couvercle sur notre emballage. Superbe évolution, au final...

Faisabilité. Récipient plastique, faisable. Spatule de bois, faisable. Soudure hermétique et alimentaire entre le bois et le plastique ? Aucune idée. J'imagine qu'on pourrait aussi bien se reposer sur le "sur-couvercle" de propreté (lequel n'est d'ailleurs, notez bien, jamais représenté) pour assurer l'étanchéité.

Utilisabilité. On n'insistera pas sur le fait que le recours à des portions individuelles est très très mal vu par nos amis les ours polaires, car ça n'est pas le sujet ici. Il faut toutefois reconnaître qu'hormis le problème hygiénique, le système Butter ! Better ! serait tout-à-fait pratique du point de vue de l'utilisateur.
Cette apparente efficacité se paierait toutefois par ailleurs : il n'est pas difficile d'imaginer les problèmes de stockage, de transport, d'ouverture involontaire garantis par cette poignée proéminente. Au point qu'il serait probablement beaucoup plus simple, économique, et pratique, comme suggéré dans certains commentaires, de conditionner le beurre en tubes ou en sachets souples, comme les portions de ketchup. Ce serait moins "moderne"? Et la Conquête de l'Espace, bon sang !

Esbrouffomètre : arnaque